Dernière mise à jour le 21 mars 2002
Table des matières
Introduction
Le projet de circulation à contre-sens
Les travaux de réalisation de la boucle
à contre-sens
La situation au 21 février 2002 (Jour
J)
La situation au 1er mars 2002 (Jour J+8)
La situation future
L'hyper-centre de Bruxelles est constitué d'une multitude de rues étroites et sinueuses, qui se prêtent mal à la circulation automobile. Or, la démocratisation de l'automobile et, surtout, la politique du «tout à l'auto» qui a fait rage entre les années 1950 et 1980, en dépit des deux chocs pétroliers des années 1970, firent que Bruxelles doit faire face aujourd'hui à un trafic important et augmentant chaque jour davantage.
Dès les années 1960, devenus l'ennemi public numéro
1 de l'automobile, les tramways dans l'hyper-centre se virent sacrifiés
sur l'autel de la fluidité du trafic: ils furent condamnés
soit à circuler en sous-sol soit à disparaître. Dès
le 4 octobre 1976, jour de l'inauguration de l'axe «Nord-Sud»,
plus aucune ligne de tramway ne circulait en surface dans le Pentagone,
à l'exception des lignes
,
et
dites
«de la rue Royale», .
Bien entendu, la disparition des trams de la surface de l'hyper-centre
bruxellois ne suffit pas à fluidifier le trafic automobile. Dès
le 20 septembre 1977, les autorités bruxelloises durent mettre
à sens unique les différentes rues desservant la place De
Brouckère. Depuis ce jour, les lignes d'autobus qui desservent cet
endroit ont suivi un itinéraire qui resta pratiquement inchangé
pendant près de 25 ans: en effet, début février
2002, les bus des lignes
,
,
,
et
en
provenance des faubourgs descendaient toujours la rue d'Assaut et la rue
Montagne aux Herbes Potagères, parcouraient la rue du Fossé-aux-Loups,
traversaient le boulevard Anspach, faisaient demi-tour sous la Tour Philips
via un site qui leur était réservé, avant de rejoindre
la rue de l'Evêque où ils stationnaient; le retour se faisait
par la rue de l'Ecuyer et la rue d'Arenberg, puis les bus empruntaient
le boulevard de l'Impératrice en direction de la Gare Centrale.
Les autobus desservant la ligne
en
direction du boulevard Machtens (Molenbeek) suivaient le même itinéraire
jusqu'à la Tour Philips, puis empruntaient la rue des Halles;
au retour, ils débouchaient de la rue de la Vierge Noire et s'engageaient
dans la rue de l'Evêque, où leur itinéraire rejoignait
celui des 5 autres lignes.
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Les effets bénéfiques de la rationnalisation de la circulation automobile dans l'hyper-centre furent bien sûr éphémères. A l'aube du IIIe millénaire, l'engorgement des rues d'Assaut et du Fossé-aux-Loups d'une part, et des rues de l'Ecuyer et d'Arenberg d'autre part, entraînait pour les 6 lignes d'autobus qui y circulaient une chute de leur vitesse commerciale et des retards importants par rapport à l'horaire théorique. Lorsque la circulation était fluide, il fallait en moyenne 4 minutes pour parcourir le tronçon Gare Centrale - De Brouckère; en heures de pointe, les autobus parvenaient péniblement à accomplir ce trajet en... un quart d'heure. Dans le domaine des transports en commun, un tel écart horaire est catastrophique. En effet, un véhicule en retard ne fait qu'accumuler celui-ci au cours de son trajet: il doit embarquer davantage de monde, ce qui réduit d'autant sa vitesse commerciale, également son confort, et dérègle totalement les fréquences. Les réactions négatives de la part du public face à ce phénomène ne manquent pas: quoi de plus désagréable en effet que de devoir attendre longtemps, pour finalement circuler dans un véhicule bondé, en retard et qui roule lentement...
La desserte des rues d'Assaut, Montagne aux Herbes Potagères et du Fossé-aux-Loups constituait la partie du trajet la plus pénible à parcourir. Pour quelque peu faciliter la circulation des autobus, une bande leur avait été réservée. Malheureusement, celle-ci était beaucoup trop régulièrement «squattée» par les véhicules de livraison, voire par des automobiles en stationnement illégal. Les perturbations engendrées par ces usagers de la route indisciplinés et inciviques furent telles que la STIB se vit contrainte de désaffecter cette bande réservée: un comble! Seule la bande autobus de la rue du Fossé-aux-Loups survécut, bien qu'elle servît davantage de bande d'insertion pour les voitures sortant de l'hôtel Radisson SAS ou débouchant de la rue Léopold, voire de bande d'arrêt pour le déchargement de camions...
Bref, la situation pour les véhicules de transport en commun dans l'hyper-centre n'était décidément plus tenable. Or, pas moins de 351 autobus (!) empruntent ce tronçon chaque jour ouvrable: il fallait donc d'urgence trouver une solution radicale pour améliorer leur service.
Le projet de circulation à contre-sens
Nous l'avons vu, la simple création de bandes réservées pour les autobus est insuffisante et parfois même inutile, en raison de l'indiscipline chronique des automobilistes. Plusieurs métropoles françaises, comme Paris et Lyon, appliquent depuis... les années 1960 un système plus radical: dans les artères les plus encombrées, les véhicules de transport en commun circulent sur des bandes réservées... à contre-sens de la circulation automobile. Cette solution présente des avantages certains car elle est nettement dissuasive pour les «resquilleurs»:
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Selon le projet élaboré par la STIB, les autobus circulant vers De Brouckère descendent toujours la rue d'Assaut, mais ne s'y arrêtent plus (l'arrêt Assaut disparaît). Ensuite, ils empruntent la rue Montagne aux Herbes Potagères, mais en direction de la rue de l'Ecuyer, où ils desservent un nouvel arrêt Arenberg vers faubourgs. La descente de la rue de l'Ecuyer se fait en suivant un couloir à contre-sens jusqu'à la rue de l'Evêque, où sont implantés les différents arrêts et terminus. Nous avons successivement:
A noter qu'en direction de De Brouckère, le crochet par les rues d'Assaut et Montagne aux Herbes Potagères est dû à l'impossibilité temporaire d'implanter un couloir réservé à contre-sens dans la rue d'Arenberg: en effet, le chantier du bâtiment de la Kredietbank nécessite une grue qui réduit de moitié la largeur de la voirie.
Quant à l'arrêt La Monnaie, force est de constater que sa dénomination n'est pas très heureuse:
Les travaux de réalisation de la boucle à contre-sens
Les travaux débutèrent en grande pompe le 4 février 2002, en commençant par un des points-clés: la réfection totale du tronçon de la rue Montagne aux Herbes Potagères compris entre la rue d'Assaut et la limite des rues de l'Ecuyer et d'Arenberg. Dans tout le quartier concerné par le changement de sens de circulation des autobus, une signalétique de déviation (fond orange) informait les automobilistes de l'imminence d'une modification importante de la circulation dans le centre, tandis que l'arrêt et le stationnement étaient interdits dans toute la zone concernée par les travaux.
Le 6 février 2002, les travaux sur ledit tronçon de la rue Montagne aux Herbes Potagères étaient déjà complètement terminés, tandis que la société Wegebo s'affairait à réasphalter la bande de gauche dans les rues d'Assaut et du Fossé-aux-Loups. Rue de l'Ecuyer, la berme centrale de l'arrêt Arenberg était déjà retirée.
Une fois réasphalté le futur couloir réservé aux autobus, une large ligne blanche continue était tracée sur la chaussée, bientôt rehaussée par des bordures amovibles délimitant nettement les bandes de circulation. L'aménagement des rues de l'Evêque et des Augustins était différent: ces bordures étaient remplacées par de hautes bermes emboîtables rouges et blanches en alternance, probablement pour nettement démarquer la zone réservée aux transports en commun. Les bus empruntaient déjà les différents couloirs dans le sens de la circulation automobile (soit à contre-sens du contre-sens...), sauf celui implanté rue d'Assaut, vu qu'ils devaient encore provisoirement desservir l'arrêt Assaut situé à droite de la chaussée.
La signalétique des arrêts terminus De Brouckère, au nombre de 4 et situés rue de l'Evêque de part et d'autre du boulevard Anspach, présente une caractéristique particulière, disparue au courant des années 1970 mais «ressortie des cartons» pour l'occasion: la reproduction en grands caractères du numéro de ligne dans un cercle apposé au-dessus de la plaque d'arrêt elle-même. Le but est de clairement mettre en évidence pour le voyageur l'endroit où s'arrête la ligne d'autobus qu'il désire emprunter. C'est incontestablement un «plus» pour le client.
La situation au 21 février 2002 (Jour J)
Coup de théâtre le 21 février 2002, le jour même de l'inauguration: l'arrêt La Monnaie, situé à l'extrémité de la rue du Fossé-aux-Loups, à hauteur de l'hôtel Radisson SAS a disparu sans que jamais aucun autobus ne l'ait jamais desservi! Il est remplacé par un nouvel arrêt situé rue Montagne aux Herbes Potagères (soit le long de l'autre façade de l'hôtel), et dénommé beaucoup plus logiquement Assaut.
Quant au terminus de la ligne
,
initialement commun avec celui du
,
soit au-delà du boulevard Anspach, il est ramené à
hauteur de la rue des Fripiers, à l'endroit où s'arrête
également la ligne
vers
Machtens.
Cette modification a été nécessitée par la
trop faible longueur disponible entre le boulevard Anspach et la boucle
de la Tour Philips: il est en effet impossible d'y implanter le
terminus de 2 lignes, surtout en considérant que le
est
exploité par des autobus articulés.
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Contrôleurs de la STIB et policiers de la Ville de Bruxelles étaient à pied d'oeuvre pour surveiller les couloirs à contre-sens, afin d'éviter une mauvaise utilisation de ceux-ci, tant par des voitures mal garées ou circulant en sens contraire que par des chauffeurs d'autobus distraits... Mais visiblement, les automobilistes, craignant des embarras de circulation importants, avaient décidé de jouer la prudence en évitant le quartier: les rues de l'Ecuyer, de l'Evêque et du Fossé-aux-Loups étaient anormalement désertes ce matin-là.
Déjà les chauffeurs STIB qui étrennaient le parcours ce matin-là se heurtaient aux premières difficultés du tracé:
La situation au 1er mars
2002 (Jour J + 8)
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Durant la première semaine d'exploitation du quartier à contre-sens, la priorité fut donnée à résoudre les difficultés et à corriger les quelques erreurs de jeunesse. Le «faux problème» du biseau prononcé de la rue de l'Ecuyer et de la rue Léopold se résolut de lui-même: les chauffeurs apprirent à négocier cette difficulté de mieux en mieux. Quant à l'angle de la rue du Fossé-aux-Loups et de la rue Montagne aux Herbes Potagères, il fit l'objet de pas moins de 3 modifications importantes:
Malgré cette difficulté non soluble actuellement, et en dépit du fait que les autobus soient toujours fortement ralentis dans la descente de la rue d'Assaut, le bilan de l'opération est déjà largement positif. Même en heures de pointe, chronomètre en main, il faut aux autobus 8 minutes pour rallier la place De Brouckère au départ du boulevard de l'Impératrice, contre 4 minutes au retour, alors qu'avant l'instauration du contre-sens, parfois une demi-heure était nécessaire pour parcourir l'entièreté de la boucle! Bémol quand même: la descente de la rue d'Assaut, longue d'une centaine de mètres à peine, nécessite toujours 4 longues minutes...
Autre sujet de réjouissance, plutôt inattendu celui-là: les automobilistes respectent globalement très bien l'espace réservé aux autobus: pratiquement aucun n'ose emprunter le couloir réservé pour remonter la file de voitures debant lui, mais également très peu empruntent le site à contre-sens ou y empiètent. Situation momentanée ou durable? L'avenir nous le dira...
Et enfin, les terminus de la rue de l'Evêque ont été
l'objet d'une partie supplémentaire de bonneteau. L'arrêt
de la ligne
vers
Machtens a été jugé, à juste titre, trop éloigné
de la sortie du métro principale, située au carrefour du
boulevard Anspach, ce qui ne facilitait guère les correspondances.
L'arrêt a donc été déplacé jusqu'à
ce carrefour, ce qui le rend ainsi commun avec le terminus de la ligne
.
Il ne reste donc en théorie qu'une seule modification (mais de
taille...) à apporter à ce projet pour qu'il porte pleinement
ses fruits: établir un couloir réservé à contre-sens
dans la rue d'Arenberg, ce qui offrirait aux autobus débouchant
du boulevard de l'Impératrice ou de la rue de Loxum une liaison
directe avec le terminus de la rue de l'Evêque.
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Une fois cette étape réalisée, un temps de parcours théorique de 8 minutes pourra être espéré pour l'ensemble de la boucle... Mais cela n'est pas encore pour tout de suite: il faudra tout d'abord que la grue qui encombre la rue d'Arenberg soit démontée, ce qui sous-entend la fin du chantier du bâtiment de la Kredietbank. Divers bruits circulent à ce sujet, mais on peut raisonnablement parler d'un délai d'environ un an...
Sources :
Merci aux divers contributeurs au Forum Tram
2000 pour leurs précieuses informations, à Olivier
VAILLANT pour son «tour de chauffe» du circuit le 21 février
2002 à 8h10 et ses diverses appréciations, ainsi qu'à
René STEVENS pour les deux photos anciennes de 1968 et 1974.